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2ème édition, Agadir, les 22,23 et 24 avril 2009                                        « Poésie et Exil »               La poésie exprime le mal de l’homme et le mal du pays, mais aussi les maux du monde. Dans toute expérience poétique, il y a forcément exil et désir violent de retour. On écrit parce que l’on a l’intuition d’une perte fondamentale qu’on cherche à compenser par l’écriture qui est capable d’en restituer le souvenir, mais le souvenir reste imprécis et parfois évanescent. Le poète est orphelin de sa famille, de sa patrie, de lui-même, car la raison d’être de la poésie gît dans un aller- vers l’autre pour une meilleure réappropriation de soi. Un soi devenu plus profond que soi. Il est orphelin de sa langue. Il n’ a plus aucune langue, car les langues momifient les choses et les êtres dans une historicité qui finit par en corroder l’essence.               Les poètes sont fortement différents les uns des autres mais ils communient dans la même intuition de perte. La poésie vit de mouvement, de cette mobilité, de cette errance dans des configurations riches et variées, qui en sont l’origine et l’aboutissement, car la parole poétique est la parole de l’intransigeance. Celui ou celle prédisposé à la poésie ne disposerait que de l’option de l’exil qu’on lui impose et que toute son œuvre finit par porter et assumer jusqu’au bout. Le poète est viscéralement intransigeant vis-à -vis de lui-même et du monde dans lequel il vit. Il est l’être du refus, de la solitude et de l’exil. Il dit dans une langue, par lui inventée, ce qu’aucune langue ne peut dire. Il se positionne ailleurs que sur les repères communs. Il est dans un autre temps, un autre espace, une autre expérience que ceux qui structurent la pensée figée et solide de l’homme. Il se tient à l’écart, dans un exil fait de béances,  de vide ; car les pleins lui font peur, brouillant les frontières, se jouant des repères et des références, proclamant constamment un état d’esprit et de l’âme, inquiet pour se poser les vraies questions et se positionner pleinement mouvant et instable des choses fragiles.             La solitude et l’exil sont nécessaires à cet auto-engendrement dont il fait le but souverain de sa poésie, mais aussi à sa tentative de revêtir de sens le monde insensé. La poésie est le territoire de la perte. Elle dit la perte, et la perte proférée lui donne assez paradoxalement les catégories de son expérience : son temps, son espace, son identité. La poésie est création d’un monde nouveau, lavé, d’après le déluge (Rimbaud), et dont le cœur bat de la ferveur du poète, fécondée de celle des autres, de tous les autres rencontrés, porteurs de plein et de vide, paire qui leur donne le sens. |